Une monnaie rien que pour soi

dimanche 26 mai 2013
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Article de Nicolas Pelletier, publié dans le journal Le Parisien le 21 mai 2013.

Connaissez-vous les MLC ?

Plusieurs de ces monnaies locales complémentaires apparaissent un peu partout en France, en alternative à l’euro. Explications.

LP/Infographie

Elles s’appellent l’eusko, le miel ou l’heol. Au Pays basque, à Libourne ou à Brest, elles commencent à être connues des riverains et des commerçants. Depuis plus de trois ans, des monnaies locales complémentaires (MLC) voient le jour un peu partout en France. 17 d’entre elles sont aujourd’hui en circulation et plus d’une trentaine en passe de l’être. Si le phénomène est encore marginal en France, il existe plus de 5000 MLC dans le monde.

Mais à quoi servent-elles ? « La monnaie locale complémentaire est un outil au service de l’économie réelle, mais c’est aussi une philosophie de l’engagement citoyen », explique Philippe Derudder, ex-PDG dans le négoce international, devenu auteur de livres sur ces monnaies pas comme les autres. « Le but est d’échapper à la folie de la finance et à la spéculation boursière. Il s’agit de redonner un sens à la monnaie. »

L’importance du réseau

La MLC est inspirée du concept de la monnaie fondante, élaboré par l’Allemand Silvio Gesell au début du XXe siècle. Soucieux d’éviter qu’elle soit thésaurisée (accumulée en vue de générer de l’intérêt), Gesell a proposé que la monnaie perde de sa valeur si elle n’est pas utilisée. Ainsi, une MLC vaut 1 € à l’achat mais, si elle n’est pas dépensée dans les six mois, elle perd 2% de sa valeur.

L’utilisation d’une monnaie locale est définie par son réseau. Ce dernier est constitué des commerçants et des producteurs qui ont été habilités par l’organisation locale à percevoir ladite monnaie. Concrètement, un particulier se rend dans un bureau de change pour troquer des euros contre des muses (Angers), des sardines (Quimper) ou des lucioles (Ardèche). Il règle ensuite ses achats avec la monnaie locale chez les commerçants participants. Ces derniers utilisent la monnaie pour s’approvisionner chez les producteurs du réseau, qui utiliseront à leur tour leurs titres chez les fournisseurs adhérents.

Etre membre d’un réseau coûte quelques dizaines d’euros par an. Un montant modeste, selon Bastien Yverneau, un jeune entrepreneur qui cherche à créer une monnaie locale à Montreuil (Seine-Saint-Denis). « Rejoindre le réseau d’une monnaie locale amène d’abord de nouveaux clients dont la fidélité est assurée, souligne-t-il. Ca démontre que le commerce s’implique socialement. »

Même si elles sont opérationnelles et prisées par leurs utilisateurs, les monnaies locales demeurent un phénomène largement méconnu. Les autorités restent méfiantes, « car ce n’est pas entré dans les mœurs, se désole Philippe Derudder. Mais, tôt ou tard, on se rendra compte que le système capitaliste n’a pas d’avenir et que le futur se trouve dans un système plus humain, comme celui des MLC. »


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