Les monnaies locales ont de l’avenir !

jeudi 15 novembre 2012
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Article de Florence COHEN paru dans la rubrique Économie de la Revue "L’Hémicycle" n° 454 d’Octobre 2012.

D’ici à quelques mois, l’agglomération nantaise aura sa monnaie locale. Six cent mille habitants pourront être concernés. Jamais un système d’échange complémentaire n’a été mis en place à si grande échelle. Portés par la crise, ces dispositifs basés sur des valeurs éthiques se multiplient pour promouvoir l’économie locale.

Héol à Brest, L’Occitan à Pézenas, Abeille à Villeneuve-sur-Lot, Mesure à Romans-Bourg-de-Péage… Les monnaies locales ont le vent en poupe. DR

Elles répondent aux doux noms de Héol à Brest, L’Occitan à Pézenas (Hérault), L’Abeille à Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne), La Mesure à Romans-Bourg-de-Péage (Drôme)… Et la liste est loin d’être exhaustive : de petites soeurs sont nées ou sont en gestation à Roanne, Angers, Toulouse, Aubenas, Le Havre, Fontainebleau… Les monnaies locales ont le vent en poupe. Elles concernent, tout au plus, quelques milliers de personnes, mais leur essor est grandissant, porté par une crise tenace et désespérante.

Ces monnaies complémentaires (parfaitement légales, elles s’apparentent à n’importe quel bon d’achat) se développent sur des zones géographiques restreintes, et c’est fait exprès. Leur but est de développer une économie locale en favorisant les échanges entre les adhérents. Des échanges qui doivent être nombreux et rapides : une monnaie locale n’est pas faite pour être thésaurisée, elle brûle les doigts, il faut la dépenser vite fait pour faire marcher le commerce. À l’heure des désillusions sociétales, ces systèmes d’échange seraient-ils aussi un brin idéalistes ? Ils veulent recréer du lien social, réduire la facture écologique (les produits étant « du coin », il n’y a pas à les transporter bien loin) et créer des emplois.

Ambitieuses, aussi, ces monnaies, car elles se voient comme un rempart au système capitaliste : tout ce qui est dépensé dans une devise plus confidentielle que l’euro ne se retrouvera pas dans une banque. Les adhérents se sentent donc moins dépendants de la finance mondiale. C’est réconfortant en cas de crise économique, et voilà pourquoi ces dispositifs émergent depuis quelques années. Certes, il y avait déjà des monnaies locales de par le monde dans les années 1980-1990, sans compter des dispositifs cousins comme les SEL (Systèmes d’échanges locaux) en France, mais la dépression mondiale de 2008 a donné un véritable coup d’accélérateur à leur mise en place. Et ce n’est pas une première : après la crise de 1929, des monnaies locales ont fait leur apparition en Allemagne, en Autriche et en Suisse. Chez nos voisins helvètes, la WIR a été créée en 1934 et n’a jamais disparu, elle a même pris la forme d’une banque coopérative.

Fait intéressant : ces monnaies sont en général nées de l’initiative de citoyens ou d’associations, mais les collectivités territoriales, parfois, n’hésitent pas à leur apporter un soutien franc et massif. C’est le cas, pour ne citer qu’elles, de la Région Rhône-Alpes et de la Ville de Toulouse. À cette aune, la création d’un ministère de l’Économie sociale et solidaire est significative. Et si les pouvoirs publics adhèrent, c’est parce que, de l’avis général des experts, les monnaies complémentaires n’ont pas d’inconvénient majeur : pas assez subversives pour bouleverser l’économie, leur plus grande faiblesse est, par essence, de n’être utilisées que par peu de monde, ce qui leur confère un côté parfois anecdotique. Autre écueil, celui de la sélection : les professionnels qui veulent adhérer doivent remplir des conditions éthiques, ce qui peut occasionner des débats sans fin au sein de l’instance (aussi locale que la monnaie) chargée de donner son aval.

Une chose est sûre : si, vu de l’extérieur, le recours à une monnaie locale peut sembler symbolique voire utopiste, ceux qui y prennent part disent tous leur bonheur d’appartenir à une telle communauté et les bienfaits qu’ils en retirent. À une période où les socles économiques sont branlants et où les Français déplorent de n’avoir plus d’espoir auquel se raccrocher, la confiance que ces monnaies redonnent dans l’économie locale n’est-elle pas le plus important ?

http://www.lhemicycle.com/les-monnaies-locales-ont-de-lavenir/


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