« Le lien est plus important que le bien »

samedi 7 mars 2015
par  admin
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Article de Frédéric Pascaud, publié dans le journal "La Dépêche" du 5 mars 2015, rubrique Actualité/Grand Sud/Lot-et-Garonne : "L’association de la semaine" développant les nouvelles avancées de l’Abeille.

L’histoire de l’association « Agir pour le vivant » débute en 2008 et comme le précise sa coprésidente Françoise Lenoble, « toute la philosophie de l’association est comprise dans son nom : privilégier, l’environnement, le relationnel, l’humain. Nous sommes une association citoyenne avec un véritable projet politique, dans le sens de l’amélioration de la vie de la cité et de ceux qui y vivent, non partisane et non politisée ». Les membres fondateurs de l’association sont tous « des personnes engagées qui souhaitaient mettre à disposition des autres tout ce qu’elles avaient appris, avec au cœur de la réflexion, rajouter de la conscience dans les activités de tous les jours ».
Et quoi de mieux que la monnaie et les échanges pour servir de base de travail : l’argent, on s’en sert tous les jours ; mais qu’est-il vraiment ? Où va-t-il ? Est-il un outil au service des échanges ou une fin en soi ? Ces questions et bien d’autres ont été à la base de création de l’Abeille, en 2010. « Les monnaies locales ont, en fait toujours existé, dès le Moyen-Âge. Elles existent également dans de nombreux pays européens (Grande-Bretagne, Allemagne), mais ils n’en existaient plus en France ».

L’Abeille, une monnaie officielle

L’Abeille a été la première à renaître et maintenant, il en existe une trentaine sur tout le territoire, et autant sont en projet. Et s’il est une chose qui a changé entre la création de cette monnaie locale complémentaire en 2010 et l’année 2015, c’est que l’État, en 2014 « a pris en compte de manière officielle l’existence de ces monnaies locales au travers d’une loi qui reconnaît leur existence et ainsi, elles sont devenues un moyen de paiement officiel » commente Philippe Lenoble, administrateur de l’association. « D’une expérience que certains pouvaient considérer comme anecdotique, les monnaies locales, en répondant de manière très précise à la loi, ont acquis un nouveau statut qui va permettre leur développement et le développement des économies locales ». Car qui dit monnaie locale, dit également utilisation locale. Des entreprises de plus en plus nombreuses rejoignent le réseau de l’abeille, « elles étaient au nombre de 167 en 2014 » explique Didier Gusse, animateur du réseau. « Pour utiliser l’Abeille, que l’on soit un particulier ou une entreprise, il faut adhérer à l’association, une obligation légale du Code monétaire. Il suffit ensuite de se rendre dans les entreprises locales qui adhérent, et les échanges peuvent s’effectuer avec l’Abeille ».
Et quid de l’économie locale ? La réponse est évidente pour Françoise Lenoble : « Quand un particulier décide d’adhérer, c’est qu’il est en accord avec notre démarche ; pour les entreprises (au sens large), il faut remplir un dossier d’agrément qui sera validé si elle répond à la charte exigeant une triple qualité : qualité de produits, qualité de services, qualité humaine. Ceci va entraîner la découverte pour les clients d’entreprises locales qui offrent des services et produits du territoire. Ainsi on sait ou va l’argent, à quoi il sert et on choisit avec qui l’échanger. Pour nous, le lien qui se crée ainsi est plus important que le bien ».


Les projets de Didier Gusse

Si l’association « Agir pour le vivant » est à l’origine de l’Abeille, cette monnaie locale complémentaire en est la vitrine et Didier Gusse en est l’animateur. Depuis ces quelques années d’existence, l’Abeille a su prendre son envol, essaimer toujours un peu plus loin, engendrer de nouvelles expériences, arriver à donner une existence légale à ces monnaies locales et se nourrir des expériences des autres.
Si d’un côté, le but est de privilégier les circuits courts, respectueux et locaux, « car réinjecter de l’argent vers le local va permettre de faire vivre producteurs, artisans, commerçants, métiers de services ou entreprises », le travail de l’année qui vient s’avère plus complexe car nécessitant « l’implication massive des services publics, tant au niveau de l’État que des collectivités locales ».

68% d’utilisateurs en plus

« Maintenant que les monnaies locales ont une existence reconnue par la loi, il faut vraiment qu’au niveau local tout soit mis en place pour que l’Abeille puisse être utilisée sur place, au niveau des administrations, des services publics, des impôts locaux, des aides financières ». Un vaste chantier en perspective. « Il faut savoir que notre zone, ce sont 86 000 Abeilles qui ont été échangées, soit 36 % d’augmentation de la circulation et une augmentation de 68 % des utilisateurs ». Autant dire que la demande existe fortement, « encore faudrait-il que maintenant, les abeilles soient vraiment acceptées par nos élus ».

Rémunérer les élus en abeille

Et membres et adhérents de réfléchir à ce qu’au niveau d’une vaste collectivité l’Abeille pourrait apporter : « si, pourquoi pas ? certaines aides pouvaient verser en partie en Abeilles, ce qui ramènerait les bénéficiaires vers les productions locales ; si une partie de la rémunération de nos élus (comme cela se fait par exemple à Bristol en Angleterre) était versée en Abeille, ce pourrait être un exemple. L’argent ainsi remis en circulation directement dans le tissu local permettrait sa redynamisation. Villeneuve a été la première ville en France à mettre en place une monnaie locale, espérons qu’elle ne sera pas la dernière au niveau politique et administratif ». Les idées foisonnent, « mais encore faudrait-il une forte volonté politique ».
Pour l’heure, un nouveau projet est dans les dossiers. « la création d’une véritable centrale d’achats, en Abeilles en partenariat avec l’association « Pas à pas » ; montrer que produire, acheter, consommer local et sain est un modèle parfaitement viable, et qui va bénéficier à tous ».

Frédéric Pascaud



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