Bernard Lietaer : « Elles permettent de réduire les délais de paiement »

mardi 10 février 2015
par  admin
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Interview de Bernard Lietaer par Marion Kindermans dans le quotidien Les Echos, rubrique "PME & Régions".

Bernard Lietaer, économiste, cofondateur de l’Ecu, est un spécialiste des questions monétaires internationales, ardent défenseur des monnaies locales.

Le retard de la France dans ce domaine est-il dû à son attachement à une monnaie centralisatrice ?

La France a une dizaine d’années de retard sur l’Allemagne et la Grande-Bretagne. La France attend beaucoup du gouvernement, Colbert n’est pas vraiment mort ! C’est pour cela que la France a inscrit ces monnaies dans la loi. Il n’y avait pas le choix. Car tout ce qui n’y est pas permis y est interdit. En Grande-Bretagne, en revanche, une telle législation n’est pas nécessaire. Le Bristol Pound par exemple va très loin. Les particuliers peuvent régler leurs taxes avec. Et le maire de Bristol se paie de cette façon ! Mais le Brésil ou le Japon sont beaucoup plus à la pointe sur ces sujets que l’Europe. On compte aujourd’hui 5.000 monnaies locales complémentaires dans le monde.

Pourquoi la crise favorise t’elle l’éclosion de ces monnaies complémentaires ?

Parce qu’elles ont un effet contre-cyclique. Lorsque l’économie va mal, le nombre de transactions en monnaie locale augmente. Et quand les choses s’améliorent, les échanges baissent. C’est ce que l’on a constaté avec le WIR suisse. Depuis quatre-vingts ans, il contrebalance les faiblesses de l’économie. Les monnaies complémentaires joueront aussi un rôle important face au vieillissement de la population. Le Japon le premier a développé une monnaie pour payer les services non médicaux aux personnes âgées. Car, dans ce domaine, l’Etat ne pourra pas tout payer. L’ère du paiement par mobile va aussi favoriser l’explosion de ces monnaies complémentaires. C’est inéluctable.

Vous êtes pour la création de plates-formes régionales interentreprises...

La capacité d’une région à s’adapter est plus grande qu’un pays entier. C’est donc à cette échelle qu’une monnaie locale type WIR ou un modèle de circuit de crédit commercial (C3) pourrait se justifier. Ce système surtout destiné aux PME permet de réduire les délais de paiement. Or, résoudre les problèmes de trésorerie des entreprises est un moyen de résoudre le problème des emplois. De toute façon, le monopole des monnaies conventionnelles est mort.

Marion Kindermans



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