Schwanenkirchen, Wörgl, Lignières en Berry et autres : histoires de monnaies fondantes

dimanche 31 juillet 2011
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Silvio Gesell n’a jamais pu voir en pratique le système qu’il avait théorisé, mais il avait fait quand même des émules par ses recherches ...

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Silvio Gesell n’a jamais pu voir en pratique le système qu’il avait théorisé, mais il avait fait quand même des émules par ses recherches. Il s’est ainsi constitué une société des « franchistes » autour de l’auteur, dont l’objectif était de mettre en place une telle monnaie. Elle a créé en 1919 le Wära, une monnaie fondante, a priori un peu théorique puisqu’elle n’avait pas au début de territoire de circulation.

1930, Schwanenkirchen, Allemagne

Silvio Gesell étant mort en 1930, il n’a pas eu le temps de sentir à son niveau les secousses de la crise de 29, mais dès cette même année, le wära a été mis en circulation dans la commune de Schwanenkirchen, en Bavière. Le wära perdait 1% de sa valeur tous les mois. En pratique, il fallait acheter un timbre à apposer chaque mois sur le billet de wära, pour qu’il puisse continuer à être en circulation. Ce système de timbre est encore utilisé aujourd’hui pour les monnaies fondantes actuelles.

En octobre 1931, le ministre des finances allemand réussi à faire interdire l’expérience, malgré ses résultats. Cette expérience inspira toutefois un village de l’Ouest de l’Autriche, Wörgl.

1932, Wörgl, Autriche

C’est certainement l’expérience la plus célèbre, pour laquelle on trouve le plus d’information et qui est une référence. (Je vous conseille de lire par exemple cet article de janvier 2009 du journal suisse Horizons et Débats, ou bien celui-ci de la revue S !lence).

Son maire, Michael Unterguggenberger, voyant la situation économique locale se dégrader, décide de mettre en place un système de monnaie fondante. La commune émet des « bons de travail », garantis par des schillings autrichiens déposés à la caisse d’épargne locale. Comme le wära, ces bons perdaient 1% de leur valeur par mois – les timbres étaient remplacés par des tampons qu’on pouvait obtenir à la mairie. Pour lancer le système, des travaux publics ont été organisés. Les ouvriers ont été payés en bons travail (d’où leur nom), et la ville régla toutes les fournitures avec cette même monnaie. Cela a permis d’amorcer la pompe, en les mettant pour la première fois en circulation.

Comme l’avait théorisé Silvio Gesell, la vélocité de cette monnaie a été prodigieuse. En 3 mois, avec une masse monétaire de 12 000 équivalent schillings (les chiffres diffèrent selon les sources), plus de 100 000 schillings de paiements ont été effectués. De plus, cette nouvelle monnaie a permis d’augmenter l’épargne, là où les conséquences de la crise de 29 incitaient les gens à retirer tout leur argent de la banque : les personnes pouvaient se constituer une épargne, tout en utilisant des bons-travail dans la vie courante. Pendant la période de l’expérience, le chômage a reculé de 25%, alors qu’il a augmenté dans le reste du pays. Les communes voisines acceptaient cette monnaie et se mettaient elles-mêmes à la promouvoir.

Sous la pression de la banque centrale autrichienne, les bons-travail furent interdits. L’expérience dura une année (juillet 1932 – septembre 1933). Cette expérience rendit célèbre Wörgl et son maire. Il semble que près de 200 communes en Autriche étaient prêtes à tenter l’expérience.

Il y a aujourd’hui à Wörgl, en plus de la statue du maire de l’époque, un institut Unterguggenberger, dont le rôle est de perpétuer la mémoire de ce qui s’est fait à l’époque, et aussi de servir de centre de ressources et de conseils à ceux qui souhaitent mettre en place un système de monnaie fondante.

1956, Lignières-en-Berry, dans le Cher, France

Lignières-en-Berry était à l’époque une petite bourgade en pleine dépression. C’est alors que quelques personnes ont eu l’idée de mettre en pratique la théorie de Silvio Gesell : ils éditent des bons (qui sont garantis par la même somme d’argent dans un compte). Comme vous l’avez bien compris, vous ne serez pas surpris : ces bons perdent 1% de leur valeur par mois. On peut échanger ces bons contre des francs, avec une pénalité de 2%. Pour motiver l’utilisation des bons, les employés pouvaient échanger une partie de leur salaire en bons, avec une prime de 5% – soit 5% de pouvoir d’achat supplémentaire.

Le système prend son envol : la confiance se met en place peu à peu, pour finalement prendre une majorité d’acteurs économiques de la bourgade. Il semble qu’au plus fort du système, 50 000 francs de l’époque circulait par jour, à une vitesse absolument prodigieuse – les bons changeaient de mains plusieurs fois par jour. 50 000 francs d’époque, ce n’est rien, mais cela n’était pas anecdotique pour cette petite bourgade, et vu la vélocité avec laquelle ces bons tournaient, l’impact était considérable.

L’expérience s’est arrêtée, sous pression de l’Etat semble-t-il, qui vraisemblablement a eu peur que le système fasse des émules. Il y a assez peu d’information disponible sur cette expérience, le plus complet étant un article de la revue S !lence, qui reprend un article de 1979.

Autres expériences

D’autres expériences ont été mises en place. J’ai trouvé la trace de 3 d’entre elles… :

L’article sur Lignères-en-Berry mentionne un tel système dans la région de Nice, dans les années 30.
Dans le village de Triesen, au Liechtenstein, circulaient en 1932 des « certificats de travail » selon l’exemple de Wörgl. (source Wikipedia)
En 1932, une « mutuelle nationale d’échange » fait circuler pendant trois années le « Valor » au sein d’un réseau privé en France. Cette expérience fut interdite par le ministère de l’intérieur en 1935. (source Wikipedia)

Mais je dois avouer que c’est dur de trouver des informations dessus ! Peut être est-ce parce qu’elles ont été moins importantes en volume ? Ou bien qu’elles n’ont pas bénéficié d’un leader charismatique comme l’était Michael Unterguggenberger…

Ce qui semble évident, c’est que la crise de 29 a été un déclencheur efficace de toutes ces expériences. De là à faire un parallèle avec la situation actuelle, il n’y a qu’un pas que j’ai pour ma part vite franchi !

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